Les salariés de Bonna Sabla inquiets

Vendredi 9 juillet 2010, par nico // Bonna Sabla

Epargnée par la restructuration, l’usine Bonna Sabla à Trosly-Breuil (Oise) ne fermera pas. Et pourtant, cette entreprise de 2 100 salariés, spécialisée dans les produits en béton manufacturés, prévoit de fermer quinze de ses cinquante-deux sites. Cinq cents licenciements sont également programmés d’ici à 2013. Les 97 salariés de Trosly-Breuil, eux, conserveront leurs postes.

Ce « plan stratégique » les inquiète néanmoins. De quoi ont-ils peur ? « De travailler plus, sans gagner plus », rétorque Armand Canoine, secrétaire adjoint du comité d’établissement de Trosly-Breuil. Hier, le comité central d’entreprise s’est réuni au siège de Bonna Sabla, à La Défense (Hautsde-Seine), pour faire le point.

La crainte d’une dégradation des conditions de travail

Pas de quoi rassurer Armand Canoine, qui craint « une dégradation des conditions de travail, car la charge des quinze usines fermées va se répartir sur celles qui restent ». En clair, il craint que son usine ne passe aux trois-huit. Avec un fonctionnement continu, jour et nuit, « la vie familiale des ouvriers se dégrade très rapidement », assure-t-il. « Les trois-huit ne seront pas mis en place toute l’année, mais uniquement ponctuellement, pour répondre à des commandes exceptionnelles », promet Gilles Van Branteghem, directeur des ressources humaines (DRH) de Bonna Sabla. Puis d’ajouter : « Aujourd’hui, on est plus dans une logique d’affaires que de fonds de commerce », avec de grosses commandes à exécuter dans des délais très courts.

L’autre inquiétude d’Armand Canoine concerne justement « l’augmentation des cadences ». Là encore, le DRH se veut rassurant : « On ne va pas demander aux gens de travailler plus vite et plus fort.

Le gain de productivité ne reposera pas sur les ouvriers eux-mêmes. » Bonna Sabla songe d’ailleurs à faire appel à des équipes volantes en renfort. Le gain de productivité, la direction compte aussi l’obtenir par la « modernisation des outils actuels », ce qui se traduira par « l’automatisation d’un certain nombre de tâches ». Encore une source d’inquiétude pour Armand Canoine : « Le risque avec l’automatisation, c’est que les ouvriers ne soient pas assez qualifiés et remplacés par des ouvriers spécialisés. » A cela, la direction répond qu’elle envisage de proposer « des compléments de formation » à ses employés. Elle mise surtout sur la spécialisation des sites pour accroître efficacité et performances. Pour Trosly-Breuil, ce sera « la fabrication des produits standards ». Soit les canalisations, les regards de visite ou rondelles de puits. Des arguments qui ne séduisent pas le comité d’établissement de Trosly- Breuil. Un mouvement social, sous la forme d’une grève ou de débrayages, n’est donc pas exclu.

Le Parisien 09/07/2010

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