Un fayot toulousain fait péter la grève chez Freescale

Samedi 6 février 2010, par cclpv // Freescale

- A lire dans Siné-Hebdo :

Le 15 janvier, les ouvriers de ce fabricant de semi-conducteurs débrayent. En regagnant leurs postes, ils découvrent qu’un chef a fait le travail de quatre personnes. Au mépris des normes de sécurité." Lire la suite dans Siné-Hebdo de cette semaine : Un fayot toulousain fait pêter la grève chez Freescale


- A lire dans l’humanité du 4 février 2010 :

À Freescale, le chef d’équipe démasqué

Pour briser la grève dans l’usine toulousaine, un chef d’équipe a voulu produire lui-même un nombre astronomique de puces électroniques. Au détriment de la qualité.

Il se passe de curieux événements à l’usine Freescale (ex-Motorola) de Toulouse. Mobilisé contre le plan de 821 suppressions d’emplois, le comité de lutte (CGT, CFDT, CFTC) appelait à la grève le 15 janvier dernier. Or, ce jour-là, la production de puces électroniques n’a pas baissé en proportion du nombre de grévistes.

Les syndicats, un peu fouineurs, ont trouvé l’explication à ce mystère  : il apparaît qu’un chef d’équipe s’est installé sur la chaîne de production pour compenser l’arrêt de travail des salariés. Comme s’il voulait briser la grève à lui tout seul  ! Et il n’a pas fait semblant de travailler  : 374 opérations réalisées entre 13 h 49 et 20 h 42. Ce qui représente le labeur de quatre personnes.

Comment les grévistes ont-ils pu déterminer avec autant de précision le zèle effréné de ce chef d’équipe  ? Parce que tout salarié de l’usine possède un badge qu’il doit enregistrer au début et à la fin d’une opération. Le logiciel Promis analyse toutes ces informations. Ainsi, on sait exactement qui fait quoi, à quel moment et sur quelle machine. Ce système de surveillance absolue, selon le principe de l’arroseur arrosé, s’est retourné contre la direction.

Et on connaît tous les faits et gestes du titulaire du badge R23945. Cette ardeur au travail d’un chef d’équipe a des conséquences au-delà des rapports sociaux dans l’usine  : car R23945 – les syndicats l’ont identifié – n’a pas les compétences pour s’atteler illico à une machine. Le logiciel Promis a aussi montré que des opérations de vérification nécessitant trois minutes ont été effectuées en une minute.

Selon les syndicats, ces négligences sont en contradiction avec la norme de qualité Iso, attribuée aux puces électroniques Freescale. Or ces puces sont destinées à des équipements de sécurité pour automobiles  : airbags, systèmes de freins, régulateurs de vitesse…

Quelle est la qualité de ces produits  ? Comme Stakhanov, qui s’était fait discrètement aider quand il a établi son record d’extraction du charbon, R23945 n’a pas accompli 374 opérations tout seul. Comment expliquer que, ce 15 janvier, il travaille simultanément sur deux machines qui ne sont pas côte à côte  ? R23945 a prêté son badge à des non-grévistes, voire aux deux intérimaires qui se trouvaient dans l’usine ce jour-là. Ce qui est rigoureusement interdit.

Malgré ces pratiques, rappelle Éric Hirson (CGT), « les grèves et débrayages ont fait chuter la production de 25 % ». Et le mouvement se poursuit.

Bruno Vincens


- A voir sur TLT :

Le mouvement se durcît : Un reportage sur Freescale dans le journal vidéo de Télé-Toulouse !

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