A Josselin, après GAD, l’attente et l’amertume

Mercredi 29 octobre 2014, par lohann // Gad

Le conflit social a enflammé la Bretagne pendant plus d’un an et demi. Les ex-abattoirs GAD viennent d’être repris in extremis par le groupe Intermarché. Ou plutôt ce qu’il en restait : en l’espace d’un an et demi, deux site ont été pratiquement rayés de la carte : à Lampaul-Guimilliau et à Saint-Nazaire. Ne reste que celui de Josselin et ses 225 salariés.

Plus de 1.200 suppressions de postes et un lourd conflit social plus tard, des ex-abattoirs GAD, repris in extremis par Intermarché, subsiste le site historique de Josselin dans le Morbihan. L’activité, là-bas, continue, mais sous le nom de Josselin porcs abattage, et avec 225 salariés en moins.

Sur la façade orpheline de l’immense usine de la zone industrielle de Josselin, les trois lettres GAD ont été retirées le week-end dernier. Le village est moribond, et les âmes amères. Patrick Piguel représentant syndical CFDT ne réalise pas vraiment : "C’est quand je suis arrivé ce matin que j’ai vu qu’ils avaient enlevé les panneaux... Je me sens dénudé… On a sauvé ce qu’on a pu…"

Sur le site GAD de Josselin 530 emplois sur 755 sont sauvegardés par le repreneur Intermarché, mais ce qui ne passe résolument pas là bas, davantage encore que le fond de ce drame social, c’est la forme, la manière dont les salariés ont été informés de leur avenir : vendredi le 17 octobre, tous sont convoqués dans la salle polyvalente du village. Là-bas, ils découvrent, sonnés, qui reviendra travailler le lundi suivant. Et qui ne reviendra pas.

Géraldine Urien a 40 ans, elle est enceinte de six mois : elle a donné la moitié de sa vie à GAD. "Il y avait une file de droite, une file de gauche. Il fallait passer par ordre alphabétique. Moi je me suis glissée derrière mon mari, qui était avant dernier. Lui, c’était un départ volontaire. Moi j’étais enceinte. Je me suis dit qu’un départ volontaire, c’était bien pour tout le monde, que ça laissait une place pour les autres. Et qu’ils n’allaient pas renvoyer une femme enceinte. Ils m’ont emmenée dans une salle à part. Et m’ont dit que j’étais licenciée. J’étais sous le choc. C’est inhumain. Inhumain.", se souvient-elle, la gorge nouée.

Nous avons spécifié un besoin de postes de travail, et le travail de sélection a été réalisé par l’ancienne direction des établissements GAD avec l’aide des administrateurs

Sur ces circonstances, Patrick Faure, le directeur des opérations industrie du repreneur, SVA Jean Rozé, la filiale de production de viande d’Intermarché, entend recontextualiser : "Le projet de reprise a déterminé pour un abattage prévu de 23.000 porcs par semaines combien de postes étaient nécessaires pour réaliser cette activité, soit environ 530 postes. Nous avons spécifié un besoin de postes de travail, et le travail de sélection a été réalisé par l’ancienne direction des établissements GAD avec l’aide des administrateurs."

Le repreneur va investir 20 millions d’euros dans l’usine : il en faudra plus pour rassurer les salariés, pour la plupart usés par des mois de tourmente. Parmi eux, Annick, rencontrée à la sortie du site : "Ca nous fait mal au cœur de voir des gens dehors…Moi j’ai eu de la chance, je suis un peu rassurée…Mais j’espère que ça va durer…Et j’en dis pas plus…"

A Josselin, dans le village, on hésite à se réjouir des emplois sauvés. Sûrement par pudeur pour ceux qui attendent leur lettre de licenciement. Pour eux, un autre combat débute : étudier les offres de reclassement, les formations. Et commencer à entrevoir la vie ailleurs, la vie après GAD.

Cliquer sur le lien pour accéder aux témoignages.

Le 29 Octobre 2014 - France Info

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