Les « Tarkett » en grève illimitée

Mardi 4 novembre 2014, par lohann // Tarkett

Les salariés estiment que les propositions d’indemnisation de la direction, qui fermera le site au 31 décembre, sont « indécentes » et pas en rapport avec les moyens du groupe.

« Ils vont faire quoi ? Nous licencier ? C’est déjà fait, on n’a plus rien à perdre maintenant ! ». Serge Luis, délégué syndical CFDT de Tarkett Cuzorn, ne cherche même plus à cacher sa colère.

Depuis hier 7 heures, le comité d’entreprise a décidé d’un mouvement de grève illimité, aussitôt suivi par les quelque 130 salariés du site des ex-parquets Marty, dont la fermeture est programmée pour le 31 décembre 2014, suite à l’annonce de cessation d’activités par Tarkett France il y a quelques semaines.

La lune et les abysses

Raison de cette colère de la part de salariés qui seront au chômage le 1er janvier ? L’impasse dans laquelle sont aujourd’hui les négociations autour du Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). À charge pour l’employeur de mettre en place un dispositif d’accompagnement et d’indemnisation. Il y a la base légale, au-dessous de laquelle il ne peut aller, et la « supra légale ». C’est là, précisément, que le bât blesse : « Je n’ai même pas dit à mes collègues combien Tarkett propose, tellement c’est indécent », tonne Serge Luis. « J’ai peur que ça explose, et ils auront raison ».

Certaines sources évoquent une « supra légale » d’environ 3 mois de salaire. Si Serge Luis refuse de confirmer, il n’hésite toutefois pas à dire que ce chiffre-là est « indécent » : « Tarkett nous propose aujourd’hui moins que ce que nous avons eu lors du précédent plan social et alors qu’il n’y avait plus d’argent dans les caisses de la boîte. Ils sont cotés en bourse, dégagent des milliards. Ils disent qu’on demande la lune ? Eux, nous proposent les abysses. »

Si la colère prédomine à Cuzorn, c’est parce que les salariés ont le sentiment d’avoir été trahis : « On a joué le jeu jusqu’au bout, on a toujours travaillé, pour présenter l’outil dans les meilleures conditions à d’éventuels repreneurs. Et pour quoi ? Pour rien ! Si la direction avait vraiment mis les moyens, il y avait vraiment quelque chose à faire, on en était tous convaincus. Ils sont seuls responsables de l’échec ici. La vérité, c’est que Tarkett n’en a rien à foutre de la casse sociale ! Jusqu’ici, on a été exemplaire, mais maintenant, c’est fini ! On restera en grève jusqu’à ce qu’ils reviennent avec des propositions acceptables. »

Hier soir, Tarkett France faisait savoir que « l’ensemble du dispositif du PSE était très supérieur aux obligations légales ». Et que le prochain rendez-vous de négociation était toujours fixé à vendredi. La grève, elle, se poursuit.

Granulés et parquets en 2015 ?

Les parquets Marty n’existeront plus au 31 décembre, c’est acté. Mais quid du site ? L’activité intéresserait, pour partie, un repreneur hollandais qui, trouvant les locaux trop gourmands en énergie (1 million d’euros par an), avait jeté l’éponge. Sauf que depuis, une société de fabrication de pellets, des granulés pour poêle à bois, est intéressée pour s’installer sur le site. Elle fabriquerait local, avec 30 emplois à la clé et produirait de l’énergie à bas coût : « Si le projet va au bout », expliquait hier soir Didier Caminade, maire de Cuzorn, « ça peut être une solution pour une production de parquets redimensionnée et moins coûteuse en énergie. » 40 autres emplois seraient concernés. Le tout en liaison avec la plateforme énergie bois de Fumel Communauté.

Le 4 Novembre 2014 - La Dépêche

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