Goodyear : la direction organise la mort lente du site d’Amiens

Jeudi 4 mars 2010, par cclpv // Goodyear

Les salariés français de Goodyear, où 817 postes sont menacés à l’usine d’Amiens-Nord (sur 1 400), refusent de se battre pour des primes de licenciement. Leur but est de conserver leur emploi et cela passe, selon eux, par la désignation d’un nouveau patron afin que cesse la gestion actuelle qui leur fait redouter la faillite de l’entreprise.

Le comité central d’entreprise (CCE) de Goodyear Dunlop Tires France (GDTF) et la CGT d’Amiens-Nord ont chargé leur avocat, Fiodor Rilov, d’assigner en référé devant le tribunal de commerce de Nanterre, le 30 mars, GDTF, sa maison mère Goodyear Dunlop Tires Operation, installée au Luxembourg - elle chapeaute les activités en Europe - et le groupe américain Goodyear Tire and Rubber Company (GTRC), pour que soit désigné un administrateur provisoire pour GDTF.

Cette démarche rare peut sembler osée. Mais pour le CCE et la CGT, les directions des sociétés luxembourgeoise et américaine mettent en oeuvre "une désorganisation délibérée de la filiale française". A Amiens-Nord, "une large partie de la production a été transférée vers des pays à bas coûts et à faible réglementation sociale", indique Mickaël Wamen, délégué CGT et élu au CCE. L’activité pneus de voiture de tourisme est tombée en un an "à 6 000 pneus par jour contre 24 000 en 2001 et 2002". Cette production fait l’objet d’un plan de restructuration, annoncé dès 2007, visant 817 postes sur 1 400.

"Démantèlement occulte"

Ce plan a été suspendu plusieurs fois par les tribunaux et il n’est toujours pas appliqué. Si ce n’est par "ce démantèlement occulte", selon M. Rilov, qui aurait été décidé hors de France. Cette stratégie se lit, ajoute-t-il, dans la "décision, à l’évidence prise par les sociétés luxembourgeoise et américaine, de laisser péricliter l’outil industriel". Aucun investissement d’envergure n’a été réalisé depuis 2004. De même, l’ensemble des moyens financiers de GDTF proviendrait de la société luxembourgeoise GDTO, son unique client.

M. Wamen se dit inquiet : "Nos experts estiment que si cela continue, nous ne sommes pas à l’abri de la faillite." GDTF réfute l’existence d’un tel risque et conteste l’absence de marge de manoeuvre en France : "Nous avons un directeur général, un conseil d’administration, des fonds propres, un comité exécutif qui prend les décisions", indique une porte-parole.

M. Wamen s’interroge sur la cession de l’activité pneus agricoles d’Amiens-Nord, qui concerne près de 600 salariés. En septembre 2009, l’américain Titan a rendu publique une lettre d’intention pour son rachat, avant de visiter le site en novembre. "Depuis, pas de nouvelles", s’inquiète-t-il. La porte-parole de GDTF répond qu’elle n’a "aucune information aujourd’hui". Et que "si Titan n’est pas le repreneur, nous en chercherons un autre et pendant ce temps, l’activité agraire restera dans le giron de Goodyear."

Mais des investissements sont nécessaires que le groupe ne veut pas engager. Un rapport d’expertise du cabinet Secafi avait montré, en août 2009, que cette activité ne serait pas viable sans repreneur ni investissement. "Nous allons devant le juge pour obtenir des informations et savoir si ce risque de faillite existe ou pas, conclut M. Wamen. Et dans tous les cas pour qu’un administrateur provisoire reprenne les choses en main dans l’intérêt de l’entreprise et de salariés, qui ont envie de travailler."


2 500 employés en France répartis sur trois usines

Activité. Goodyear Dunlop Tires France (GDTF) compte trois sites : Amiens-Nord (Somme) pour les pneus de véhicules de tourisme et de matériel agricole ; Montluçon (Allier) pour le rechapage ; Riom (Puy-de-Dôme) pour les pneus de motos et de camionnettes. Le réseau commercial et le siège social sont à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). L’usine d’Amiens-Sud (1 000 salariés), fabriquant des pneus de tourisme, a été sortie du périmètre de GDTF en avril 2009 pour devenir une filiale de Goodyear Dunlop Tires Europe.

Effectifs. GDTF emploie 2 500 salariés (donnée d’avril 2009), dont près de 700 à Montluçon, 130 à Riom et 1 400 à Amiens-Nord.

Résultats. Dans son classement des entreprises industrielles, le site Internet de L’Expansion indique qu’en 2008 le chiffre d’affaires de GDTF s’élève à 876 millions d’euros.

Francine Aizicovici
Le Monde du 03/03/2010

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