Les grévistes menacent de tout faire sauter »

Mardi 11 mai 2010, par nico // Francilienne de frais

En grève depuis vendredi dernier, les salariés de la Francilienne de frais, une société de transport d’Argenteuil de 43 employés sont déterminés. Pour preuve : ils s’affirment « prêts à tout faire sauter ».
Mohamed Ali, qui travaille ici depuis six ans, pointe du doigt deux bonbonnes de gaz.

« On les a reliées à la cuve de ravitaillement d’essence de la société. Si rien ne bouge, nous n’hésiterons pas, insiste l’homme, âgé de 38 ans. Si la direction ne nous donne pas de nouvelles demain (NDLR : aujourd’hui), 9 heures, nous commencerons par brûler un semi-remorque. Au total, on en a onze… »
Hier matin, une vingtaine de salariés étaient présents dans l’enceinte de l’entreprise. « Jour et nuit, on est là. On tourne tous ensemble », indique l’un d’eux. « On n’en peut plus. Tout ce qu’on veut, c’est savoir ce qui va nous arriver, insiste Gilles Gaye, délégué du syndicat CFDT. Notre principal client, la Scadif (NDLR : groupe E. Leclerc), qui représente l’essentiel de notre activité, met un terme à son contrat avec l’entreprise fin septembre. Sans eux, on ne peut plus travailler. On demande que le contrat soit renouvelé jusqu’à septembre 2012 pour qu’on puisse préparer les choses, ou alors qu’on nous indemnise de façon raisonnable. » « Le patron ne nous dit rien, mis à part qu’il peut nous garder jusqu’à fin décembre. Mais comment va-t-il faire ? » interroge très agacé Karim, dans la société depuis quinze ans.

Le gérant, Tarik Bouchemakh, maintient qu’il est « en mesure de garder ses salariés jusqu’à fin décembre ». « Je comprends leur démarche, mais je pense que ce mouvement va porter préjudice à l’entreprise, ajoute-t-il. La Scadif représente deux tiers de notre activité. Or, aujourd’hui, c’est toute la marchandise qui est bloquée. Et, actuellement, je suis en pleines négociations pour décrocher d’autres contrats. »

« Si on s’est mis en grève, c’est tout simplement parce qu’on ne vous croit pas. Vous nous avez déjà fait plusieurs promesses que vous n’avez pas tenues », intervient un salarié, en voyant le gérant. « Par cette action, vous vous suicidez, lui rétorque Tarik Bouchemakh. Aujourd’hui, je dois notifier officiellement le dépôt de bilan. » Des arguments qui ne semblent pas convaincre les salariés. « Si demain (NDLR : aujourd’hui), nous n’avons pas d’avancée significative, le patron ne sortira pas de l’entreprise », promet Gilles Gaye. « On fera ce qu’il faut pour être entendus », insiste encore Mohamed Ali. « De toute façon, on n’a rien à perdre », lâche un autre salarié.

Le Parisien le 11/05/2010

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