La criée de Fécamp sombre

Dimanche 26 septembre 2010, par nico // Coopérative Maritime de Fécamp

FÉCAMP (SEINE-MARITIME)

La Coopérative maritime de Fécamp, plus communément appelé criée (c’est-à-dire vente publique aux enchères de poissons et crustacés), avait vu le jour en 1988. Elle a fermé ses portes. Dans la cité des Terre-Neuvas, cette nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Cette disparition entraîne la suppression d’une douzaine d’emplois directs et touche près de 300 emplois induits dans le transport, le mareyage, les intermédiaires et les sous-traitants liés à la pêche.

Vendredi, le couperet est tombé au tribunal de commerce du Havre : liquidation judiciaire immédiate de l’entreprise. « Il n’y avait pas moyen de faire autrement, on ne pouvait plus payer les pêcheurs et les charges, déplore le directeur de la criée, Alexis Maheut. Les quotas imposés par l’Europe, notamment sur le cabillaud dont la ressource en mer abonde mais qu’on nous interdit de pêcher, a porté un coup terrible à la pêche normande. Il faut ajouter à cela la mévente de notre coquille Saint-Jacques. Elle n’occupe que 30% de parts de marché, quand les 70% restants sont importés d’Ecosse, d’Angleterre, du Chili, ou même d’Argentine à des prix très bas… »

Il y a cinq ans déjà, un plan de sauvetage appuyé par les collectivités locales et l’Etat avait été mis en place pour aider la criée. Or, les soucis financiers et de gestion ont continué de s’accumuler. A Fécamp, une quarantaine de bateaux étaient enregistrés à la coopérative maritime. C’est le cas de celui de Yannick Pourchaux, 40 ans. Ce père de quatre enfants est patron depuis douze ans d’un fileyeur de 18 m. Avec ses quatre matelots, il s’est spécialisé dans la pêche à la sole. « Notre criée était indispensable aux pêcheurs pour la distribution de gasoil, de glace, de vêtements, c’était un lieu stratégique pour la pêche. Où va-t-on aller maintenant ? Faudra-il traiter directement avec un mareyeur qui décidera seul du prix et de l’achat et devenir en quelque sorte otage du système ? » Et Yannick de conclure : « Il faut créer un service criée à défaut d’une coopérative maritime. » D’autres pêcheurs espèrent qu’un repreneur providentiel se manifestera.

Le Parisien le 26/09/2010

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