Suppressions de postes : ligne dure chez Bouygues Telecom

Jeudi 18 octobre 2012, par lohann // Bouygues Telecom

Le dispositif gouvernemental en faveur du secteur n’a pas infléchi la position de l’opérateur, qui officialisera demain un plan de 556 départs volontaires.

La première coupe sombre dans les emplois du secteur télécom sera actée demain matin. Un Comité central d’entreprise (CCE) va se tenir chez Bouygues Telecom, officialisant les 556 départs volontaires (6% des effectifs) et la fin de la négociation. Et dès lundi les courriers invitant les salariés à se manifester pour monter dans le dispositif devraient être expédiés au personnel. A la veille de la tenue du CCE, rien ne filtrait d’une éventuelle réduction de l’ampleur du dispositif. Pourtant, mardi, Fleur Pellerin, la ministre de l’Economie numérique, s’était adressé, via une interview, à l’opérateur : « J’invite Bouygues à reconsidérer l’ampleur de son plan de départs. »

La ministre avait fait falloir le plan de soutien au secteur, présenté quelques jours plus tôt au côté d’Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, pour obtenir un changement de cap de l’opérateur. Ce plan en cinq points pour favoriser un haut niveau d’investissement et d’emplois était particulièrement favorable à Bouygues Télécoms. Accédant à la requête de l’opérateur, qui souhaitait pouvoir utiliser ses fréquences en 1 800 Mhz pour développer la 4G (très haut débit mobile), le gouvernement avait décidé de saisir le régulateur des télécoms pour étudier la faisabilité juridique et technique de cette faveur.

Un expert « orienté » ?

En réaction au mutisme de l’opérateur, la CFDT a choisi de boycotter le CCE et demandé le gel de la procédure. Le syndicat accuse le rapport de l’expert mandaté par le CE, et désigné en l’absence d’appel d’offres, d’être « orienté » : « Il ne dit rien de l’opération de rachat d’actions menée l’an dernier par le groupe Bouygues pour faire remonter le cours de Bourse, qui a coûté 1,25 milliard d’euros à l’opérateur et aggravé sa situation financière », dénonce Azzam Ahdab, le réprésentant de la CFDT. Le syndicat souligne par ailleurs, que depuis 2006, l’année où Bouygues Telecom est devenu rentable, la filiale télécom a fait remonter en dividendes (2,658 milliards d’euros), la quasi-totalité de son résultat net (2,809 milliards), privant l’opérateur de carburant. « Au lieu d’être critique sur ces opérations, le rapport de l’expert, épouse la ligne patronale », insiste encore le délégué qui cite cet extrait : « L’impérieuse nécessité de cette réorganisation […] ne paraît pas contestable au regard des enjeux auxquels Bouygues Télécom est confronté. »

Le rapport laisse même planer l’éventualité d’un second plan de départs : « Ce plan n’est probablement qu’une première adaptation de BT dans un secteur très chahuté et qui pourrait se dégrader plus sensiblement dans une évolution significative du contexte règlementaire », conclut ainsi l’expert.

Le syndicat (20% aux élections du personnel, derrière la CFTC et FO), dénonce par ailleurs le simulacre de la négociation, où entre la nomination de l’expert, le 12 juillet, à la veille des vacances d’été, et le CCE clôturant le processus, il se sera écoulé moins de quinze semaines. De son côté, Bernard Allain, représentant FO, soulignait que les conditions d’accompagnement des départs, initialement fixées très bas, devraient être un peu améliorées, avant leur présentation officielle mercredi matin. « N’oubliez pas qu’il restera après ces départs 9 500 personnes ! » Sous-entendu, un plan trop coûteux peut aggraver les difficultés. Sollicité par Libération, Bouygues Telecom n’a pas souhaité s’exprimer, tant sur le dispositif du gouvernement que sur ses intentions, avant la présentation officielle de son plan aux salariés et l’avis qui sera émis en retour par ces derniers.

Le 18 octobre 2012 - Libération

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