Élus et ouvriers du Soissonnais parqués et gazés à Paris

Vendredi 7 décembre 2012, par lohann // Baxi

Ils voulaient montrer à Paris les difficultés du Soissonnais, ils ont été accueillis par les forces de l’ordre.

Des yeux rougis et des traits tirés. Les manifestants soissonnais, élus et salariés, partis plein d’entrain, de bon matin à 6 heures du parking de Focast-Baxi, ne s’attendaient pas à un tel accueil parisien. Le président de la communauté d’agglomération du Soissonnais, Jean-Marie Carré avait pourtant pris les devants, en repérant les lieux la semaine dernière et en gardant secret, jusqu’au dernier moment, les détails de son plan de bataille. Plan qui n’a pu être mis en œuvre car c’est tout un comité d’accueil, de plus d’une centaine de gendarmes mobiles, qui a accueilli les provinciaux, sur la mal nommée place de la Concorde.
Cueillis par des motards de la police dès l’entrée de la capitale, les quatre cars affrétés par l’agglo sont priés de s’arrêter sur le côté. Une demi-heure plus tard, c’est sous bonne escorte que le convoi repart, traversant la capitale comme un souverain, toutes sirènes hurlantes, feux rouges franchis et voie de circulation prises à contresens. Presque un tapis rouge que leur déroule la capitale bruissante qui n’attend que ces Soissonnais, simplement venus défendre leur territoire en souffrance et ses 600 emplois bientôt perdus.

"Un Florange tous les trois ans"

Les manifestants veulent juste montrer le savoir-faire des salariés du Soissonnais et se rendre « visible aux yeux de l’État. Je veux bien que Florange défende son bifteck mais chez nous, on perd un Florange tous les trois ans », affirme Jean-Marie Carré. Un camion attend les élus, les salariés et l’intersyndicale pour déballer quatre palettes de pièces en fonte et de chaudières soissonnaises, sur la place « au pied de l’obélisque ». Soixante mètres de banderoles doivent recouvrir les grilles autour du monument. Élus et salariés prévoient aussi des tours de garde aux trois portes de l’Assemblée nationale pour distribuer des tracts aux députés. Pour enfin être vus…
Fins prêts, fins motivés, souriants et pacifiques, tous descendent des bus dans une petite rue… bloquée de part et d’autre par les forces de l’ordre. Le piège se referme.
Dès lors, les Soissonnais qui portent des masques blancs ne seront plus libres de leurs mouvements, parqués dans le froid dans un coin, à deux cents mètres de l’obélisque et à deux pas de l’Assemblée. Les hommes sont contraints d’uriner sur les murs tandis que les femmes ne sont autorisées à aller au petit coin que quatre par quatre, et solidement encadrées. « On n’est pas des animaux ! Libérez-nous », s’insurgent des syndicalistes en interpellant les gendarmes et les passants.

La députée attendue

L’ambiance reste bon enfant quand, au bout de deux heures, quelques élus montrent patte blanche et demandent à pouvoir circuler librement. Quelques-uns s’exfiltrent. La pression n’a pas le temps de monter que déjà les gendarmes, équipés comme des Robocops, chargent élus de la République en écharpe tricolore, ouvriers, femmes et enfants, envoient le gaz lacrymogène pour faire reculer les manifestants. Plus rien ne se passe alors, malgré le soutien sur place du sénateur Daudigny et du député René Dosière. Marie-Françoise Bechtel, la députée de la quatrième circonscription, est attendue. On espère beaucoup d’elle ici. Déjà invisibles aux yeux des pouvoirs publics, élus locaux et ouvriers ne peuvent tolérer qu’elle ne vienne pas à leur rencontre. « Ta place n’est pas à l’Assemblée nationale ! Elle est avec nous », gronde Jean-Marie Carré au téléphone.
Il est 14 heures. Bon gré mal gré, la députée arrive enfin, joue du téléphone, contacte le directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur. À 15 heures, les manifestants sont autorisés à dérouler leurs banderoles au pied de la grande roue, pour une heure. Les Soissonnais repartent comme ils étaient arrivés le matin : escortés et suivis par les forces de l’ordre. On ne sait jamais… s’il venait à cette bande d’élus et de futurs chômeurs fatigués de cette éprouvante journée d’essayer d’importuner encore la République trop près de chez elle.

Le 6 Décembre 2012 - L’Union Presse

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